dimanche 18 mars 2018

Nous sommes ici


Je suis ici. Ahmad est au fond, à droite, dans la salle de prières. Nous sommes entrés par la rue Desplas, en empruntant la rampe quelques millimètres trop étroite pour la largeur du fauteuil. Il neigeait à gros flocons qui fondaient dans nos yeux et sur la chaussée. J'avais mis mon bonnet de jeune, et Ahmad était sous son poncho. En pénétrant dans le hall de la mosquée, nous avons découvert les volées de marches avec un certain désarroi. Pour toute aide, le gardien a battu ses flancs deux ou trois fois avec ses bras.
J'ai découvert deux rampes en métal deux niveaux plus haut, que nous avons utilisées pour les premières marches en créant un joli vacarme dans une chorégraphie tragi-comique, mais ensuite Ahmad a simplifié les opérations.
La mosquée est vide. Trois touristes et deux fidèles.
Je suis ici, comme l'indique le plan. Le fauteuil d'Ahmad est derrière le deuxième pilier, à droite. D'ici, je vois aussi ses baskets blanches et leur swoosh violet. Il prie son Dieu, je pense à des tas de choses, j'attends surtout qu'il revienne, pour retrouver son sourire d'enfant.

Histoires naturelles

"Are you sure it's dead ?"
"He wonders how to get out from here"
"I love giraffes, they're so peaceful"


mercredi 3 janvier 2018

Desmonte de la bicicleta

Les couleurs du ciel


Le Père est lié au blanc, resplendissement de la lumière.
Le Fils, au bleu, manifestation des eaux originelles et des eaux vives de la grâce.
Le Saint-Esprit, au rouge, feu de l'amour. 
Le rouge, couleur du sang, sera également attribué au Fils rédempteur. 
D'autres couleurs interviendront. Le violet - le bleu du Fils, le rouge de l'Esprit -, traduira le Père Eternel qui est un seul Dieu avec le Verbe et l'Esprit. 
Les couleurs seront associées à des concepts théologiques : le bleu représentera la foi ; le vert, l'espérance ; le rouge, l'amour. 

lundi 20 novembre 2017

Goldorak dans l'entre-deux


Traversant la crête d’un reste de forêt de bord d’autoroute, le soleil blanc illumine à contre-jour une douzaine de poids-lourds inertes. Ces boîtes multicolores bien alignées, luisantes de condensation, organiques et rassurantes, témoignent d'un ordre des choses, d'une organisation pour l’heure en sommeil, qui se mettra bientôt en branle, chaque camion gagnant sa destination, livrant ici où là ce qui est attendu, ce qui fut commandé par quelqu’un quelque part, produit et emballé par quelqu’un d'autre ailleurs. Mais ce qui m’émeut au passage de cette aire d’autoroute filmée en travelling tient à autre chose qui peine à se frayer un chemin dans ma conscience brumeuse, souvenir de jeu d’enfance où les camions quittaient les boîtes de chaussures au petit matin pour s’inventer des destins californiens, ou bien réminiscence de Goldorak, transformer anthropomorphique aux super pouvoirs, animé par un humain logé dans sa tête abritant lui-même un cerveau dans sa tête, comme ces routiers endormis dans leur cabine, qu’un café va bientôt remettre en route. Frontière floue entre l’homme et la machine, émotion diffuse pour la route, pour ce qui éloigne et ce qui relie, l’entre-deux.

vendredi 6 octobre 2017

Autour de maintenant

- Bonjour.
- Je vous reconnais.
- Ah, on est devenu comique.
- N’exagérons rien. Comment allez-vous ?
- C’est toujours difficile à dire.
- Bien sûr. Mais vous êtes là.
- Oui.
- Donc vous avez des choses à me dire.
- Bah justement, ce serait pour vous dire pourquoi je viens moins vous voir.
- Parce que vous allez mieux.
- Je ne sais pas, peut-être. Mais c’est surtout parce que j’ai envie d’être le plus possible au présent, et quand on parle c’est rarement le cas. On dit ce qu’on a pensé, ce qu’on a vécu, ce qu’on a compris. Ou ce qu’on aimerait faire, changer, ce qu’on projette, ce qu’on craint… On parle au présent, mais si peu du présent. Quand on parle, on n’est pas là, sauf si on pense en parlant, en direct, ce qui est assez rare et pas toujours passionnant pour l’autre.
- Oui… Peut-être. En revanche on écoute au présent, je crois.
- Oui, mais quand je viens vous voir, c’est vous qui écoutez et moi qui parle, donc vous, vous êtes peut-être au présent, mais pas moi, et c’est ce qui m’ennuie.
- D’accord. Et donc vous parlez moins ?
- J’essaie.
- … Ce que vous dites sur la parole, c’est comme les photos, on croit saisir du présent et on ne produit que du passé.
- Sauf que plus on prend de photos, plus on vit au présent, plus on se concentre sur le présent.
- Pas faux. Donc, plus on vit au présent, plus on produit de passé…
- J’ai l’impression, oui. Mais tant que je n’y vis pas, ça me va.
- …
- Je crois qu'il faut suivre son corps, le corps ne sait pas vivre autrement qu’au présent, la pensée anticipe, le corps réagit, désire, demande, il faut le laisser partir devant, et s’y accrocher. Et se taire.
- On regarde quelque chose avant que votre corps vous emmène ailleurs ?
- Avec joie.