jeudi 7 juin 2018

My gracioso Valentine


Vous entendez la citation de My Funny Valentine à 2'03, à la fin de l'exposé virtuose de l'Alborada del gracioso de Maurice Ravel, puis, un peu plus loin, à 2'28, les doigts de Bertrand Chamayou qui épellent "You make me cry..." ?
Citation évidemment impossible puisque le standard de Richard Rogers et Lorenz Hart a été écrit 30 ans après la pièce de Ravel, et la question serait donc plutôt : Richard a-t-il été inspiré par Maurice ?


dimanche 22 avril 2018

La beauté


Paul Cézanne - Pommes et biscuits - Musée de l'Orangerie







On vient de voir les Nymphéas, et quelques chefs-d'oeuvre de Derain, Modigliani, Utrillo, Picasso, on passe de merveille en merveille, et soudain, l'oeil est capturé, il n'y a plus un visiteur, plus aucun autre tableau, plus de lieu, il n'y a plus que ces pommes et ces deux petits biscuits dans l'assiette bleue, posés sur le coffre. L'harmonie des couleurs, l'équilibre de la composition, les pommes au duvet de pêche, la rondeur partout, seins, épaules, fesses, bouche, le bois poli du coffre, doux comme l'intérieur d'un bras de jeune fille, le gris-bleu du mur où l'on sent la fraîcheur d'un courant d'air dans la maison accablée de soleil. La vie. Que l'on peut toucher mais pas retenir, qui gonfle et serre le coeur dans le même souffle, paradis retrouvé et déjà perdu, la beauté.

dimanche 18 mars 2018

Nous sommes ici


Je suis ici. Ahmad est au fond, à droite, dans la salle de prières. Nous sommes entrés par la rue Desplas, en empruntant la rampe quelques millimètres trop étroite pour la largeur du fauteuil. Il neigeait à gros flocons qui fondaient dans nos yeux et sur la chaussée. J'avais mis mon bonnet de jeune, et Ahmad était sous son poncho. En pénétrant dans le hall de la mosquée, nous avons découvert les volées de marches avec un certain désarroi. Pour toute aide, le gardien a battu ses flancs deux ou trois fois avec ses bras.
J'ai découvert deux rampes en métal deux niveaux plus haut, que nous avons utilisées pour les premières marches en créant un joli vacarme dans une chorégraphie tragi-comique, mais ensuite Ahmad a simplifié les opérations.
La mosquée est vide. Trois touristes et deux fidèles.
Je suis ici, comme l'indique le plan. Le fauteuil d'Ahmad est derrière le deuxième pilier, à droite. D'ici, je vois aussi ses baskets blanches et leur swoosh violet. Il prie son Dieu, je pense à des tas de choses, j'attends surtout qu'il revienne, pour retrouver son sourire d'enfant.

Histoires naturelles

"Are you sure it's dead ?"
"He wonders how to get out from here"
"I love giraffes, they're so peaceful"


mercredi 3 janvier 2018

Desmonte de la bicicleta

Les couleurs du ciel


Le Père est lié au blanc, resplendissement de la lumière.
Le Fils, au bleu, manifestation des eaux originelles et des eaux vives de la grâce.
Le Saint-Esprit, au rouge, feu de l'amour. 
Le rouge, couleur du sang, sera également attribué au Fils rédempteur. 
D'autres couleurs interviendront. Le violet - le bleu du Fils, le rouge de l'Esprit -, traduira le Père Eternel qui est un seul Dieu avec le Verbe et l'Esprit. 
Les couleurs seront associées à des concepts théologiques : le bleu représentera la foi ; le vert, l'espérance ; le rouge, l'amour. 

lundi 20 novembre 2017

Goldorak dans l'entre-deux


Traversant la crête d’un reste de forêt de bord d’autoroute, le soleil blanc illumine à contre-jour une douzaine de poids-lourds inertes. Ces boîtes multicolores bien alignées, luisantes de condensation, organiques et rassurantes, témoignent d'un ordre des choses, d'une organisation pour l’heure en sommeil, qui se mettra bientôt en branle, chaque camion gagnant sa destination, livrant ici où là ce qui est attendu, ce qui fut commandé par quelqu’un quelque part, produit et emballé par quelqu’un d'autre ailleurs. Mais ce qui m’émeut au passage de cette aire d’autoroute filmée en travelling tient à autre chose qui peine à se frayer un chemin dans ma conscience brumeuse, souvenir de jeu d’enfance où les camions quittaient les boîtes de chaussures au petit matin pour s’inventer des destins californiens, ou bien réminiscence de Goldorak, transformer anthropomorphique aux super pouvoirs, animé par un humain logé dans sa tête abritant lui-même un cerveau dans sa tête, comme ces routiers endormis dans leur cabine, qu’un café va bientôt remettre en route. Frontière floue entre l’homme et la machine, émotion diffuse pour la route, pour ce qui éloigne et ce qui relie, l’entre-deux.