mardi 16 juillet 2019
Tout chose
- Bonsoir.
- Bonsoir.
- …
- …
- …
- Ca va ?
- Oui.
- …
- …
- Vous avez l’air tout chose.
- Tout chose, c’est mignon.
- Calme et perdu.
- Tout chose.
- Oui.
- …
- …
- …
- On regarde quelque chose ?
- Oui.
dimanche 26 mai 2019
samedi 4 mai 2019
vendredi 3 mai 2019
lundi 22 avril 2019
La mer penche
La mer penche. Elle
est en pente. Elle était encore droite, hier. Enfin, je pense.
Elle était plate,
horizontale, à peine animée de moutons d'écume. Les voiliers avaient besoin du
vent ; les rameurs, de rames ; les nageurs, de sang.
Depuis ce matin, elle
penche. Elle est plus haute à droite, c'est subtil, mais c'est évident. Les
paquebots glissent en arrière, il n'y a rien à faire, la mer penche.
Il n'y
aura plus de marée. Désormais, elle part sur le côté. Ca devait arriver.
On a
beau dire, l'ordre n'est jamais tout à fait établi. Il suffit d'attendre, ou d'y
mettre du sien. La mer penche. Elle descend en pente douce. Je m'y habitue
presque déjà.
lundi 15 avril 2019
You too they kissed your heart
- Bonsoir.
- Bonsoir.
- Je n'ai pas envie de parler. Trop de choses à dire.
- D'accord je n'insiste pas.
- Merci.
- Vous passez juste dire bonsoir, quoi.
- Exactement.
- C'est gentil.
- Je ne sais pas. Je ne dirais pas ça. Si j'avais un chat, je serais sûrement resté chez moi.
- Je fais office de chat ?
- En quelque sorte.
- Ah oui... C'est moyennement valorisant.
- J'ai beaucoup de respect pour les chats. C'est juste que je suis allergique.
- Avec moi, ça va ?
- Ah oui, très bien. Vous, vous êtes un sphynx.
- Un chat sans poil ?
- Oui. Bien que l'allergie tienne plus à la salive qu'au poils, je crois.
- Tant qu'on ne s'embrasse pas sur la bouche...
- Bon, je vais y aller, moi.
- Ce n'était pas une invitation.
- Je sais, je sais, mais je n'ai pas envie de parler. Et on ne va pas s'embrasser, vous avez raison, alors...
- On peut écouter quelque chose avant que vous partiez ?
- Oui, c'est une idée. Les Black Angels. De l'électricité. Un clavier, une basse Höfner. Des guitares, des effets. Des spots rouges. Et quand la batterie entre, on sait qu'on est sauvé, il ne peut plus rien nous arriver.
- Ok, on y va.
- Je vous préviens, je vais l'écouter dix fois de suite.
- Pas de problème, je ronronnerai sur vos genoux.
- Bonsoir.
- Je n'ai pas envie de parler. Trop de choses à dire.
- D'accord je n'insiste pas.
- Merci.
- Vous passez juste dire bonsoir, quoi.
- Exactement.
- C'est gentil.
- Je ne sais pas. Je ne dirais pas ça. Si j'avais un chat, je serais sûrement resté chez moi.
- Je fais office de chat ?
- En quelque sorte.
- Ah oui... C'est moyennement valorisant.
- J'ai beaucoup de respect pour les chats. C'est juste que je suis allergique.
- Avec moi, ça va ?
- Ah oui, très bien. Vous, vous êtes un sphynx.
- Un chat sans poil ?
- Oui. Bien que l'allergie tienne plus à la salive qu'au poils, je crois.
- Tant qu'on ne s'embrasse pas sur la bouche...
- Bon, je vais y aller, moi.
- Ce n'était pas une invitation.
- Je sais, je sais, mais je n'ai pas envie de parler. Et on ne va pas s'embrasser, vous avez raison, alors...
- On peut écouter quelque chose avant que vous partiez ?
- Oui, c'est une idée. Les Black Angels. De l'électricité. Un clavier, une basse Höfner. Des guitares, des effets. Des spots rouges. Et quand la batterie entre, on sait qu'on est sauvé, il ne peut plus rien nous arriver.
- Ok, on y va.
- Je vous préviens, je vais l'écouter dix fois de suite.
- Pas de problème, je ronronnerai sur vos genoux.
dimanche 14 avril 2019
Paul Signac - Sur la route de Gennevilliers, 1883
Paul Signac a le soleil dans le dos. Il s’est installé à l’angle du carrefour, face à la ligne d’usines et de bâtiments au loin. Un horizon de petits cubes colorés d’où s’élève une fumée noire crachée par trois cheminées dans le bleu d’un ciel immaculé. Au premier plan, quelques arbres décharnés dont les ombres bleues sont les seules à emprunter la route blanche comme un désert de sel. Nous sommes au milieu de nulle part. Entre la ville et la ville, entre Paris et la banlieue. Mais c’est aussi bien la dernière prairie avant Chicago ou Los Angeles, un bord de route où s’élèvera bientôt un « diner » peint par Hopper, où Lauren Bacall attendra Humphrey Bogart ; une baraque où Michèle Morgan retrouvera Jean Gabin. S'il en est encore temps. La route a recouvert la piste, on espère l'arrivée de deux cyclistes, mais on entend déjà les bétonneuses. Ce tableau a des faux-airs de fin du far-west filmé par John Huston, et ce sont certainement les pur-sang des Misfits qui cuisent dans fourneaux de Gennevilliers. En essayant de trouver des informations sur La route de Gennevilliers, je découvre qu’une entreprise en commercialise une reproduction sur un paillasson, et qu’elle qualifie son produit d’idée-cadeau originale. C’est à pleurer. Et s'ils ont pensé à la déclinaison tapis de souris, ils ont négligé la version mouchoir. Certains soirs, on se prend à douter du progrès.
samedi 16 mars 2019
J'ai pu partir parce que je venais d'ailleurs
Hier soir, en revoyant Marius et Jeanette, de Robert Guédiguian, j'ai compris que si j'étais né là où j'ai grandi, je n'en serais peut-être jamais parti.
Je suis né dans la région parisienne. J'ai vécu mes trois
premières années à Paris, Quai de Jemmapes, dans le 10e arrondissement. Je n'en
garde aucun souvenir.
En 1970, mes parents sont partis travailler dans le sud de
la France. A Fréjus, puis à Cannes où j'ai passé toute mon enfance, le plus
clair du temps sur un vélo.
Je me souviens du jour où on a troqué la 2 chevaux grise pour une GS blanche.
Je me souviens de l'appartement complètement inondé suite à une bête purge de radiateur qui tourne mal.
Je me souviens du 10 mai 1981 et de la clameur puissante qui
est montée dans l'immeuble où nous habitions et dans les cités alentour. Je me
souviens de la joie de mon père. De l'espoir de tous.
Je me souviens des soirées douces sur le parking, à pédaler
sans fin d'un bâtiment à l'autre, à lécher des barquettes de Nutella, à partager des Nuts et des Milky Way, des Ricqles et des Canada Dry.
Le Grand Jas n'était pas l'Estaque, mais c'était un monde
clos, à distance du centre-ville, de la Croisette et du Palais des festivals.
Nous n'étions pas vraiment Cannois, nous étions du Grand Jas. Petits blancs
ouvriers de la résidence des Jasmins, ennemis des nord-Africains de la cité des
Cigales ou de ceux du Riou, plus pauvres que nous, plus bagarreurs, pas plus
voleurs. On vivait ensemble, aux Jasmins, moitié dedans moitié dehors, tous les
enfants dans la cour ou à "la Terre", le bas de la colline de la
Croix des Gardes où l'on apprenait la vie à l'écart des adultes, premières
cabanes, premiers feux, premiers baisers, premières cigarettes ; on en revenait
avec des bleus et des écorchures, le coeur chaviré, souvent ; hors d'haleine
après avoir découvert cet homme sans-abri qui s'était installé là, dans notre
forêt, ou le jour où Nathalie nous avait montré ses seins. Les Agascinsky,
Guzman, Martinez, De Fazio, Marescaux, Gibouin, Renaudat s'entendaient bien. Pour
jouer au foot ou voler des mobylettes, pour transformer un bac à sable en skatepark
ou courir à l'aide de celui qui avait un problème avec ceux des Cigales. Les
parents étaient de bons voisins. On n'était pas chez Guédiguian, mais ça
sentait bon le sud, les eucalyptus, les mimosas et les sardines grillées sur
les balcons. Il y avait des affinités, des coups de gueule, des discussions de
cage d'escalier, qui n'en finissent pas, des blagues avec l'accent, des apéros.
Une solidarité d'ouvriers, de petits commerçants, presque un village.
Je me suis toujours senti différent, avec eux et pas.
J'étais le Parisien, celui qui ne prenait pas l'accent. Moins bagarreur, trop sensible,
"il est pas un peu pédé, Steph ?". Et j'étais bon à l'école quand
tous y souffraient. Mais surtout, je me sentais d'ailleurs, je pouvais
m'inventer des racines Place de la République, à la capitale, soutenir le PSG,
projeter un retour. Laisser Maman et Papa dans le F3 de l'impasse de Cigales, et sauter dans un
train terminus Gare de Lyon.
J'avais 17 ans, c'était jeune pour quitter des parents adorables. Je savais mon geste égoïste. Traître. Mais je devais le faire, ce geste, puisque j'en étais capable.
samedi 2 mars 2019
Scene
Sans ces deux qui chuchotent, on croirait s'être égaré dans une visite réservée aux sourds-muets. Devant le mur d'images, c'est un silence de cathédrale. Les spectateurs respirent dans un même souffle. La communion est rare. Sentiment du sacré. De la lumière sacrée qui arrache les corps à l'obscurité, les destins à l'invisibilité. Celle des flashes d'Alex Majoli dessinent la scène : le radeau de la Méduse, Jeanne d'arc à cheval, quelques pietas, des mères qui cherchent leur enfant, des squatters aux airs de princes. Chaque image en convoque d'autres, surgies de nos mémoires intimes ou collectives, de l'actualité, de musées, de livres d'école, de la rue. Je m'assois sur le banc. Bientôt je renifle. C'est gênant, oui. Mes larmes rejoignent celles des jeunes filles qui pleurent l'une des leurs, à Pointe-noire, république du Congo. Je passe un doigt sous mes lunettes, je n'ai pas envie de pleurer, je n'ai pas fini de voir.
vendredi 1 mars 2019
Longtemps
Longtemps, la vie avait formé un bloc incontestable. La suite des jours constituait un ensemble cohérent, chargé de sens - même si jamais précisément formulé.
Le sentiment de
suivre un plan. Des choses à faire. Un horizon. Ou deux.
Trouver l'autre,
puis la tanière à partager, y élever des enfants. Trouver un métier, s'y sentir
plus ou moins légitime, y grandir. Le plan pouvait connaître des accrocs, on
pouvait douter parfois, se perdre même par moment, mais l'ensemble formait un
genre de bloc incontestable, oui, dans lequel on occupait sa place, sinon un rôle.
Et puis, on a
perdu le fil. Ou bien on est arrivé au bout. Le plan avait peut-être été
exécuté, la mission remplie, bon an mal an, ce n'est pas impossible.
Alors, les jours ont
commencé à dessiner une suite de points qui ne représentait aucune forme, quand
on faisait l'effort de les relier. Certains points étaient plus jolis que
d'autres, il y en avait même de sublimes, mais tous flottaient là, à égale
distance, à plat, sans perspective. L'horizon avait disparu.
On ne s'en est
pas rendu compte tout de suite. Force de l'habitude, ou de l'inertie des corps.
Ou bien on était distrait.
Quoi qu'il en
soit, désormais, la vie avait changé, et on était au monde, comme jamais.
mercredi 9 janvier 2019
Yesternow
- Bonjour.
- Ah salut.
- Oui, je viens
souvent en ce moment.
- Je me disais justement
que ça faisait un moment qu'on se connaissait tous les deux.
- Oui. Mais n'en tirez pas de conclusion hâtive. Ceux
qui nous connaissent depuis longtemps ne sont pas ceux qui nous connaissent forcément le mieux.
- Ah bon ?
- Oui, on actualise mal. On croit connaître les gens, mais on se souvient de ce qu'on
s'est dit d'eux auparavant. Et on cherche inconsciemment à revalider ce qu'on
s'est déjà dit.
- Continuez...
- On a du mal à voir le présent. Quand on dit "je le connais bien", on fait référence au passé, comme si la personne en question devait reproduire éternellement son comportement passé, alors qu'elle est libre justement d'en changer, ou qu'elle en change naturellement.
- On a du mal à voir le présent. Quand on dit "je le connais bien", on fait référence au passé, comme si la personne en question devait reproduire éternellement son comportement passé, alors qu'elle est libre justement d'en changer, ou qu'elle en change naturellement.
- Oui, l'identité
n'est pas statique.
- Exactement. On
est une suite de présents non identiques.
- Une identité en
mouvement.
- Oui, et plus on
connait l'autre, plus on accumule de strates, plus ou moins passées, plus ou
moins actuelles, plus ou moins obsolètes. Ces strates cohabitent dans notre
regard, alors que l'objet de notre regard vit seulement dans la dernière.
Je ne suis pas clair, hein ?
- Ca va.
- Je ne dis pas
que le premier venu nous connait mieux que notre mère, mais...
- Non plus. Il y
a peut-être une essence...
- Mais pour la
connaître, il faut partir.
- Pour trouver
son identité, il faut savoir quitter son identité.
- Exactement. Il faut savoir quitter son identité... Il
y a une expression qui dit "Aller voir ailleurs si on y est", non ?
- Va voir
ailleurs si j'y suis.
- Ah oui, c'est
ça. C'est moins sympa. Mais si on se la dit à soi-même, c'est plus intéressant.
- Continuer à
chercher qui on peut être.
- Oui.
- Vous souriez.
- Oui. Je suis
content que vous existiez.
- Vous êtes con.
- Vous-même.
- On regarde un
truc ?
- Un truc qui ne vieillit pas, oui
- Un truc qui ne vieillit pas, oui
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