jeudi 31 janvier 2013
mercredi 30 janvier 2013
samedi 26 janvier 2013
dimanche 20 janvier 2013
jeudi 17 janvier 2013
mardi 15 janvier 2013
vendredi 11 janvier 2013
(The future is) Unwritten
C’est un homme qui
veut bien faire. Un homme plein de contradictions. Egoïste et généreux, avec un
idéal et du courage, celui de faire des sales trucs aussi. Un homme qui essaie de tout donner, à chaque fois. Un homme qui veut réussir, et qui ne peut pas réussir sans
rater. Sur cette vidéo, on voit un peu tout ça et d’autres choses : des
punks (anglais) sur un plateau de télé (américain), des punks qui savent jouer,
des mecs qui font le job, des mecs qui oublient qu’ils font le job, des mecs
qui ne savent pas faire le job, une toile peinte ridicule, quatre hommes et quatre enfants, des dents neuves et de la gomina, des yeux vides et des yeux chargés... Et ce type tellement compliqué au centre, ce type tellement normal. Et c'est un peu inquiétant. Et c'est plutôt rassurant.
jeudi 10 janvier 2013
lundi 7 janvier 2013
samedi 5 janvier 2013
Sommes-nous
"L’effondrement de tous les ordres symboliques, le déracinement, l’injonction à la mobilité physique et sociale, la nécessaire adaptabilité à la précarité des choses, la flexibilité et plasticité requises, la permanente instabilité, la généralisation du caractère éphémère des expériences de vie redoublent cet angoissant et fatigant sentiment d’exil intérieur de l’être ainsi placé dans l’errance. Un être hanté par le néant de son monde post-idéologique arrangé comme un spectacle." Raphaël Josset
De l'individu au dividu. Nous devenons un "plusieurs" qui à chaque nouvelle expérience se trouve porteur de toutes les précédentes. Tel Denis Lavant dans Holy Motors, passant d'une vie à l'autre au gré de sa traversée de Paris, nous multiplions nos identités mais nous n'oublions rien, notre mémoire restant une et indivisible. Acteurs-spectateur projetés-projetant sur le même écran. Nous sommes moi, je suis nous. Et chercher lequel de mes plusieurs est le plus proche de moi ne m'apprendra rien. Mon moi est en morceaux, je suis mes morceaux.
À la vieille question "qu'est-ce que tu fais dans la vie ?" je n'ai jamais su répondre en déclinant ma profession, je n'ai même jamais su répondre tout court. Aujourd'hui je pourrais dire : je me diffuse, je m'éparpille, je m'éclate, si jamais l'envie me prenait de répondre avec emphase à l'imbécile questionnant. Ce qui me rappelle une observation de mon professeur principal en 3ème ou en seconde : "Irait loin s'il papillonnait moins", le brave homme n'imaginait pas que mon inconscient me préparait déjà à la disparition du mythe du progrès (étant entendu que la mort de Dieu et du socialisme ne prêtaient plus à débat).
Eparpillement, errance... Je repense à la fin explosive et multicolore de Pierrot le fou (the human bomb without a cause) ; je me rappelle très mal le monologue de l'Insensé dans Le Gai Savoir ; je n'oublie pas Kierkegaard dialoguant avec Victor Eremita ou bien ou bien ; je me souviens de "Je me souviens" ; et je suis littéralement aspiré par le cerveau en puzzle de Nicholas Brody, l'anti-héros de la série Homeland.
Sommes-nous les eaux troubles ? Sommes-nous les coquelicots ? Sommes-nous les souvenirs ? Sommes-nous.
vendredi 4 janvier 2013
jeudi 3 janvier 2013
Mainstream Punk (Johnny Rotten et le temps vertical)
"La disparition du mythe du progrès et le non-sens de l’idée de futur constituent une nouvelle forme d’espérance et de conviction pour un homme postmoderne désormais adepte d’une culture de l’urgence." Stéphane Hugon
Ça y est, nous sommes tous des punks. Quand le mythe de l'éternel progrès s'éteint (tandis que la planète se réchauffe), "No future" n'est plus le cri de quelques-uns, mais un simple état de fait valable pour tous. Que nous nous perdions dès lors dans une actualité en perpétuelle réactualisation n'a rien de particulièrement surprenant. Si le futur n'a rien à nous promettre, alors restons ici maintenant, éternellement.
Je le comprends aujourd'hui, en lisant, en écoutant, mais je réalise que mon obsession du temps vertical de ces dernières années n'est peut-être rien d'autre qu'un réflexe de défense face à l'époque que mon inconscient à dû développer sans m'attendre, dans son étonnante mansuétude. Quand l'horizon s'assombrit, cherchons la lumière par le haut ou creusons plus profond, inventons de nouveaux cultes et les lieux qui vont avec, soyons spirituels et romantiques, découvrons la sagesse de l'inconséquence, ne vieillissons plus, habitons le temps vertical. Amen.
mercredi 2 janvier 2013
Un postmoderne
Bonjour. C'est un homme de l'après qui vous parle.
La modernité a fait son temps : la croissance éternelle qui donnait à jamais envie de grandir, les lendemains qui chantaient comme des sourds, et même le progrès comme solution aux méfaits du progrès, sont gentiment morts avec le vingtième siècle. Quant aux inventions qui inventaient les désirs, elles bougent encore, mais avec quelques kilos de plomb dans les plumes. Nous en sommes là, et si intellectuels et gouvernants font semblant de l'ignorer, c'est probablement plus par incapacité à trouver la suite que par simple intérêt personnel.
La fin de la modernité sonne la défaite de la rationalité. Le progrès qui vacille, c'est la logique cartésienne qui perd de son assurance, et avec elle quelques liens de causalité. Se priver pour un monde meilleur soit, mais pour un monde pire... Alors : autre chose. Alors chacun se souvient avoir eu un jour le rouge aux joues, la chair de poule et parfois même un petit glaçon qui vibrait derrière son sternum. Et voila l'émotionnel de retour, volant au secours du petit homme qui persiste à vouloir donner un semblant de sens à son passage sur terre. Finalement, le XXIe siècle sera émotionnel ou ne sera pas.
Et donc on fait quoi quand on est un homme postmoderne, à part s'émouvoir en attendant que les caisses de retraite soient vides. On cherche. Et si on ne trouve pas, on s'amuse en attendant. On écrit ses petites pensées sur son petit blog perdu dans l'immensité numérique intersidérale. Car quand l'histoire peine à écrire la suite, il nous reste toujours les histoires à raconter et à vivre. Et si l'on doute du futur, il n'y a plus beaucoup de raisons de ne pas tout vivre aujourd'hui. Pour l'heure, l'homme postmoderne n'écrit pas d'histoire, il évalue vaguement son passage en 2013 en bougeant mollement son cul à Miami Beach dans un cabriolet de location qui consomme ses douze litres aux cent, car l'homme postmoderne n'est pas à une contradiction près. Le rationnel est mort, il vous dit. Et il vous embrasse.
La modernité a fait son temps : la croissance éternelle qui donnait à jamais envie de grandir, les lendemains qui chantaient comme des sourds, et même le progrès comme solution aux méfaits du progrès, sont gentiment morts avec le vingtième siècle. Quant aux inventions qui inventaient les désirs, elles bougent encore, mais avec quelques kilos de plomb dans les plumes. Nous en sommes là, et si intellectuels et gouvernants font semblant de l'ignorer, c'est probablement plus par incapacité à trouver la suite que par simple intérêt personnel.
La fin de la modernité sonne la défaite de la rationalité. Le progrès qui vacille, c'est la logique cartésienne qui perd de son assurance, et avec elle quelques liens de causalité. Se priver pour un monde meilleur soit, mais pour un monde pire... Alors : autre chose. Alors chacun se souvient avoir eu un jour le rouge aux joues, la chair de poule et parfois même un petit glaçon qui vibrait derrière son sternum. Et voila l'émotionnel de retour, volant au secours du petit homme qui persiste à vouloir donner un semblant de sens à son passage sur terre. Finalement, le XXIe siècle sera émotionnel ou ne sera pas.
Et donc on fait quoi quand on est un homme postmoderne, à part s'émouvoir en attendant que les caisses de retraite soient vides. On cherche. Et si on ne trouve pas, on s'amuse en attendant. On écrit ses petites pensées sur son petit blog perdu dans l'immensité numérique intersidérale. Car quand l'histoire peine à écrire la suite, il nous reste toujours les histoires à raconter et à vivre. Et si l'on doute du futur, il n'y a plus beaucoup de raisons de ne pas tout vivre aujourd'hui. Pour l'heure, l'homme postmoderne n'écrit pas d'histoire, il évalue vaguement son passage en 2013 en bougeant mollement son cul à Miami Beach dans un cabriolet de location qui consomme ses douze litres aux cent, car l'homme postmoderne n'est pas à une contradiction près. Le rationnel est mort, il vous dit. Et il vous embrasse.
dimanche 30 décembre 2012
Avec les dents
Il a une cinquantaine d'années et il est bien conservé (son corps, du moins). Il joue seul avec son frisbee depuis plus d'une heure, joyeux comme un enfant unique ou un chiot. Il le lance dans le vent, devant lui, et le récupère dans sa bouche, ou plutôt entre ses dents car tel est le but du jeu : faire tourner le frisbee le plus longtemps possible entre ses dents. Le soir tombe, les gens sortent de l'eau, replient leur serviette, il lance son frisbee encore une fois. Et encore. Et encore. Il n'a pas le choix, il doit battre son record avant la nuit.
mercredi 5 décembre 2012
Lequel ?
Au commencement était le verbe, mais lequel ?
Parler ?
Attendre ?
Courir ?
Embrasser ?
Se taire ?
jeudi 15 novembre 2012
A la recherche du temps vertical
A Vienne, on trouve un horloger dans chaque rue (vous
pouvez vérifier, c'est la stricte vérité), et des horloges à chaque carrefour, sur toutes
les places, et même au fronton de la cathédrale. Cela ne doit absolument rien
au hasard, c'est même tout ce qu'il y a de plus raisonnable. C'est parce qu'à Vienne, le temps ne passe pas à la même vitesse qu’ailleurs. Ca vous saute aux yeux. Vous ne verrez jamais un Viennois courir, par exemple. On ne court
pas quand on a tout son temps, et ici on a tout son temps parce qu’ici le temps passe plus
lentement. Et ça ne date pas d'aujourd'hui. Dans tout le premier arrondissement, on ne trouve aucune trace
(d'architecture ou d'autre chose) postérieure à 1920. Le promeneur parti de chez lui en 2012 doit s’y
résoudre : il arpente là les rues d’une capitale européenne au début du XXe
siècle. Et si le temps passe ici plus lentement que dans le reste du monde,
c’est justement parce qu’on est précisément au centre du monde. Je l’ai senti dans
mon corps. A Vienne, la terre tourne moins vite. C'est net. Tellement moins vite qu’elle
ne tourne presque pas. L’eau qui s’écoule au fond des lavabos s’y introduit
sans décrire aucun mouvement circulaire, et nul gros buveur de liquides
alcoolisés ne trébuche jamais sur les pavés pourtant si traîtres de la Stephansplatz. Je vous parle d’expérience. Et s'il n'est pas question de temps vertical, à Vienne, on n'évolue pas pour autant dans un ordinaire déroulé horizontal. On flotte, on souffle, on parenthèse au coeur d'une douce incurvation bienveillante, et on oublie l'espace de quelques heures de regarder celle qu'il (n')est (pas).
lundi 5 novembre 2012
Ces deux-là
Anne aime les Impromptus de Schubert.
Les pantoufles de Georges, ce sont des baskets.
Anne veut voir les albums photos maintenant. Oui,
maintenant, au milieu du repas, au milieu des assiettes. Ca ne peut pas
attendre. S’il te plaît. Elle pousse les miettes, tourne les pages, vite. Et
elle dit : c’est beau la vie, la longue vie.
Georges ne se plaint pas. Georges est vivant, Georges a vécu. Georges ne
parle pas pour ne rien dire. Il dit ce qu’il pense, ce qu’il pense utile, ce
qu’il pense utile à dire. Georges ne dit pas ce qu’il fait. Il peut dire ce
qu’il a fait, et pourquoi, si ça peut aider quelqu’un, de comprendre ce qu’a
fait Georges et pourquoi. Georges est d'accord pour parler sérieusement. Mais si on peut éviter de lui poser des questions
inutiles, si on peut simplement lui faire confiance, c’est aussi bien. C’est
mieux. Georges ne se cache pas derrière les mots. Il les choisit. Alors Georges
parle. Il raconte des histoires, des souvenirs, parfois même il chante.
Anne demande peu. Anne demande le minimum. Le minimum de
mots tristes, ceux qui soulignent ce qu’on sait déjà trop. Anne demande le
minimum de laideur. Et s’il n’y a plus rien à dire, un sourire suffira. Et si
personne ne peut plus sourire, alors on s’arrêtera là.
Georges offre des fleurs à Anne.
dimanche 28 octobre 2012
Cou nu
- Bonjour.
- Bonjour.
- ...
- Comment allez-vous ?
- Bien, mais je n'aime pas beaucoup cette question.
- Ah. Et pourquoi ?
- Pour ce qu'elle veut savoir, c'est terriblement intime tout de même... Montrer son pot comme ça à qui le demande.
- Les chiens se sentent bien le derrière...
- Vous n'êtes pas un chien, Docteur.
- Ça ne vous plairait pas parfois d'être un chien ?
- Non, je ne crois pas. Un ours, je ne dis pas... Mais un chien, non. Pas.
- Alors ? Comment vous sentez-vous ?
- Comment je me sens... Comment peut-on se sentir ? J'aimerais bien savoir ce que je sens... Oui... Mais pas pour le premier chien venu. Je ne sais pas comment je me sens, mais je suis d'humeur à plonger mon nez dans un cou, m'y blottir, me fondre dans son odeur, l'odeur de ma soeur... Je suis d'humeur à humer l'autre, peut-être. Enfin, humer son cou...
- Que cherchez-vous dans le cou de l'autre ?
- De la douceur.
- C'est tout ?
- Du silence. Et du noir, pas de regard. Aucun bruit. Juste une odeur, et je ne mettrai aucun mot sur cette odeur.
- Pas de son, pas d'image... Une envie de changer de sens ?
- Une envie de non-sens. Non, une envie de nudité plutôt, mais avec une odeur. C'est particulièrement nu, un cou, non ? Vous avez remarqué ? Je ne crois pas qu'il y ait plus nu qu'un cou. Cette envie de cou nu, c'est une envie d'avant les mots, d'avant la lumière. Une envie d'avant, quoi.
- Chez Maman...
- Peut-être, mais alors avant d'apprendre qu'elle existe, avant de savoir qu'on était dedans...
- ...
- ... Non, juste une envie de nu. Oui, c'est ça : nu comme un ver, nu comme un homme.
- Ou comme un chien...
- Si vous voulez...
- On regarde quelque chose ?
- Oui.
lundi 15 octobre 2012
Mais de quoi ?
- Il est vain de tenter de masquer ses incapacités en choix
raisonnables. Nous ne sommes simplement pas ce que nous devrions être : des singes ou des ours. Nous parlons, nous parlons sans cesse, mais en pure perte, c’est tellement absurde d’être soi, d'être là.
- Pourquoi me dites-vous ça avec une telle emphase ?
- L’ironie, Monsieur. Je me dois bien ça. Car c'est moi que j'admoneste, ne vous méprenez pas.
- Très bien. Poursuivez alors...
- L’inconstance est mon ordinaire : volonté,
renoncement, désir, honte, chaos, peur et témérité, tout ensemble. Et l'incapacité comme comme résultat sinon comme cause. Tout est là. Je constate et j'assume. Mais loin de
moi l’idée de feindre un quelconque contentement, car de contentement il n’est
point ; accepter ses limites n’est pas s’en satisfaire.
- Pourtant, vous ne semblez pas tellement abattu…
- Méfiez-vous de l’ironie, Monsieur.
- J’entends, mais vous avez l’air d’avoir une botte secrète…
- Vous la connaissez, tout le monde la connaît, et elle
n’est pas plus magique que secrète.
- Dites tout de même...
- Comment répondre à la frustration du réel sinon par
l’imaginaire ?
- Oui.
- “Oui” ?
- Je ne dis pas non. L’imaginaire, oui…
- J’entends votre petit ton... Mais qu'avez-vous de mieux à proposer ? La psychanalyse ? La philosophie ? Laissez-moi rire, soyons sérieux. L'imaginaire, oui! Et que la satisfaction n’habite
pas plus les contrées chimériques que la réalité ne suffira pas à me décourager, il faudrait
ajouter l’impotence à la surdité pour renoncer à la quête de la musique
savante.
- Pardon ?
- La musique savante, illumination rimbaldienne.
- Ah, pardon…
- Non, c’est moi.
- Très bien, l’imaginaire et la musique savante, alors.
Mais pourquoi me racontez-vous ça ?
- A un journaliste qui lui demandait pourquoi La soif et la faim, Ionesco
répondit : “Je ne sais pas. Les Hommes ont soif, les Hommes ont
faim. Mais de quoi ?”.
- …
- C’est magnifique, n’est-ce pas ?
mercredi 10 octobre 2012
Comme un avion sans aile
Rrrrrrro Rrrrrrro
L’oreille
collée sur les pylônes
J’écoute
miauler les éoliennes
J’embrasse
leur grand pied d’anémone
L’une après
l’autre en file indienne
Rrrrrrro Rrrrrrro
Rrrrrrro Rrrrrrro
Bercé par
leur lenteur synchrone
Je leur
prête un cœur d’obsidienne
Transi, je
ressens pour ces clones
Une
mélancolie diluvienne
Rrrrrrro Rrrrrrro
Les pieds
nageant dans mes bottes
Dans la
plaine je m’emballeRrrrrrro Rrrrrrro
En apprenti
Don Quichotte
Sur la crête je m’empale
Sur la crête je m’empale
Tchac
mercredi 3 octobre 2012
Grizzlis
Les feuilles commencent à tomber,
les ours vont derrière leur bouclier. Il sera bien temps d'hiberner. Ils ne tremblent pas, ils trébuchent, se cognent, en font presque une danse.
Sur le chemin, ils font le compte des jours perdus, ils ne peuvent pas s'en empêcher. Les amours mortes se ramassent à la pelle, c'est ce qu'ils racontent sans y croire vraiment, car toujours le feu sous la cendre, après, longtemps. Ils le sentent sous leurs pieds, demain comme hier. Et sous le pont, ils parlent tous en rond, ils jouent de la guitare, ils conjurent, ils tentent. Ils sont déjà venus une autre fois, ils connaissent l'endroit. Déjà encore. Ils pourraient se résigner, mais ils ne savent pas. Ils ne savent pas grand chose, en vérité. Est-ce une chasse ou une cueillette ? Si seulement ils savaient faire un feu... Ils vont derrière leur bouclier. Et le sens est dur à trouver. Ils avancent dans la toundra, les bras tendus, récitant des mantra. Par delà le bien et le mal, s'estimant heureux le plus souvent. Et bientôt perdus. A la fin, forcément, mais depuis le début. Alors ils lèvent les yeux au ciel pour rendre le regard, car d’autre ils n’attendent rien. Ou bien si, car ils n’oublieront pas la morsure, le soleil blanc et le sang. Alors ils vont derrière leur bouclier. Ils sortent du bois, franchissent le seuil, à la rencontre encore une fois. Et je crois bien qu’ils chantent.
Sur le chemin, ils font le compte des jours perdus, ils ne peuvent pas s'en empêcher. Les amours mortes se ramassent à la pelle, c'est ce qu'ils racontent sans y croire vraiment, car toujours le feu sous la cendre, après, longtemps. Ils le sentent sous leurs pieds, demain comme hier. Et sous le pont, ils parlent tous en rond, ils jouent de la guitare, ils conjurent, ils tentent. Ils sont déjà venus une autre fois, ils connaissent l'endroit. Déjà encore. Ils pourraient se résigner, mais ils ne savent pas. Ils ne savent pas grand chose, en vérité. Est-ce une chasse ou une cueillette ? Si seulement ils savaient faire un feu... Ils vont derrière leur bouclier. Et le sens est dur à trouver. Ils avancent dans la toundra, les bras tendus, récitant des mantra. Par delà le bien et le mal, s'estimant heureux le plus souvent. Et bientôt perdus. A la fin, forcément, mais depuis le début. Alors ils lèvent les yeux au ciel pour rendre le regard, car d’autre ils n’attendent rien. Ou bien si, car ils n’oublieront pas la morsure, le soleil blanc et le sang. Alors ils vont derrière leur bouclier. Ils sortent du bois, franchissent le seuil, à la rencontre encore une fois. Et je crois bien qu’ils chantent.
jeudi 27 septembre 2012
Un petit vélo dans la tête
- Dring !
- Ah, vous sonnez, maintenant ?
- Je ne me souvenais plus… Avant, je frappais ?
- Il me semble…
- …
- Ca vous amuse ?
- Frapper avant d’entrer, c’est comme « Pendez-le, on
le jugera après »…
- Vous ne voulez pas vous asseoir ?
- Je ne sais pas… On ne peut pas rester debout ?
- Si.
- …
- Je vous écoute.
- Eh bien justement, je n’ai rien à dire. C’est pour ça que
je suis là. Je suis prisonnier de boucles sans queue ni tête. Je ne comprends plus rien à grand
chose… J’ai l’impression que mon cerveau a grillé.
- Grillé ?
- Oui, grillé. J’ai eu un coup de chaleur cet été et j’ai
lu sur le web… Oui, je sais, mais je ne peux pas m’en empêcher… Bref, j’ai lu
sur le web qu’en cas de coup de chaleur, le cerveau était atteint en premier…
- En premier…
- Oui, avant les reins, le foie, le colon…
- Oui.
- Oui, et donc j’ai peur d’avoir perdu beaucoup. De faculté
mentale...
- Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?
- Parce que je réfléchis comme un imbécile. Quand je
réfléchis.
- Allez-y, par exemple…
- J’ai des pensées pathétiques. Par exemple, je me dis que
la vie se découpe en deux parties : au milieu, un champ d’herbe tendre
parsemée de coquelicots où attend une femme inconnue qu’on aime et qui nous aime. D’un côté, il y a le premier temps de la vie où on se dit qu’on ira
dans le champ plus tard ; et de l’autre, le second temps de la vie où on réalise qu'on n'est pas allé dans le champ, ou si peu. Voilà. Vous voyez ?
- Quoi ?
- Que mon cerveau est grillé.
- …
- Et sinon, je crois que je suis sourd aussi.
- Vous faites toujours du vélo ?
- Oui.
- Continuez.
- A faire du vélo ?
- Oui, faites de l’exercice.
Comme vous vous sentez diminué, aujourd’hui c’est moi qui
vais vous montrer une vidéo.
mardi 25 septembre 2012
mardi 18 septembre 2012
José Tomas - Nîmes, 16 septembre 2012
Je ne sais pas parler des six taureaux de José Tomas. Je
n'ai ni la culture, ni l'expérience suffisante (je ne suis qu'un petit cochon
qui s'est offert la meilleure des confitures). Son génie et mon ignorance m'ont
sauté aux yeux à la première passe de cape (que je ne m'amuserai même pas à
appeler par son prénom), mais je peux dire que ma peau s'est rétractée pendant
plusieurs minutes (comme j'ignorais que c'était possible) et que mon cœur s'est
arrêté deux fois (ou douze). Si vous ne croyez pas aux miracles, passez votre
chemin, il n’est question que de ça.
Je peux dire que le ciel était aussi bleu que le mistral
absent, et que l'ovale antique des arènes de Nîmes s'accordait magnifiquement à
l’art classique du sobrissime torero.
Je peux dire que cet homme-là est différent ; il joue
Phèdre et Hyppolite dans un même geste ; il donne la mort comme personne
(comme un samouraï gitan, un chevalier sans cheval, un anti Buffalo Bill). Il
n'élève jamais la voix, il murmure aux oreilles des taureaux (c'est pour ça
qu'on les lui donne toutes) ; il ne tape pas davantage du pied, il glisse ses
talons sous leur nez ; et plus l’animal est rapide, plus sa main ralentit.
Il me semble que son quatrième taureau a été épargné par grâce collatérale. Tomas l'a élevé au rang de graciable. Et il l'a raccompagné au toril comme on reconduit une jeune fille chez ses parents après le bal. C'était de la magie (oui, je peux dire ce mot usé, c'est toutes les autres fois que je n'aurais pas dû). Dimanche, j'ai vu Houdini sous le soleil de Satan.
Il me semble que son quatrième taureau a été épargné par grâce collatérale. Tomas l'a élevé au rang de graciable. Et il l'a raccompagné au toril comme on reconduit une jeune fille chez ses parents après le bal. C'était de la magie (oui, je peux dire ce mot usé, c'est toutes les autres fois que je n'aurais pas dû). Dimanche, j'ai vu Houdini sous le soleil de Satan.
dimanche 16 septembre 2012
Et il parle
Le garçon est à peine un homme qu'il a déjà deux voix. Il mue, se révélant traître à lui-même, aux oreilles de tous. On s'épargnera donc dès lors de compter ses paroles. Même s'il essaya sincèrement, y mettant alors tout son cœur, une fois au moins. Et j'en ai connu qui persévérèrent, mais laissons-là ces originaux et suivons celui-ci car il est l'ordinaire, le mammifère bavard sur deux pattes modèle standard, celui qu'il nous faut, ne chipotons pas. Et donc, aussi normal qu'il fut, quand il retrouva ses esprits, dès la première fois, il sut. Que le désir comblé en appelait de différents, et la cruauté du temps, et tout un tas d'autres choses inutiles à dire. Il saisit le tout d'un coup. Et le monde s'est ouvert, mais dedans, grande crevasse, d'un coup de pic à glace de la glotte au scrotum. Et il a poussé un cri, de sa voix d'enfant retrouvée pour un instant. Comme les autres avant lui.
Depuis, il avance, timide le plus souvent, hardi parfois, calme ou impatient, mais la peine toujours mêlée à la joie, à chaque pas, écrivant la fin au début, n'oubliant jamais avoir dit deux fois "cette fois, c'est différent". Et pourtant, il parle encore. De la voix qu'il croit sienne. Le vieux Werther.
lundi 10 septembre 2012
Juan Bautista - 08/09/12 (Toro de Victoriano del Rio)
'
Et sur ce mur lorsque le soir descend
Aranjuez, mon amour
On croirait voir des taches de sang
Ce ne sont que des roses
lundi 3 septembre 2012
jeudi 30 août 2012
lundi 27 août 2012
Unendliche Unsicherheit
Les deux amies discutaient devant le tableau depuis moins d'une minute lorsqu'elles ont commencé à devenir floues. La dame en jupe
a alors rapidement changé de couleur avant de disparaitre dans la peinture, avalée, dissipée, pfuitt. Je le raconte comme ça, mais sur le moment, je n'ai pas compris ce qui se passait. J'étais hypnotisé, incapable d'ouvrir la bouche ou d'esquisser un geste, n'y pensant même pas. Tout s'était déroulé si vite, avec fluidité, sans la moindre violence. Elle était là et puis plus, voilà. Son amie a regardé la toile encore quelques instants et puis elle est passé à la suivante sans un regard derrière elle. C'était une exposition importante, il y avait tant de choses à voir. Moi aussi, j'ai quitté la salle.
Gerhard Richter dit que le spectateur ne peut pas s’empêcher de voir
quelque chose dans les tableaux, même les plus abstraits, “parce que tout est
enraciné dans le monde, tout est relié d’une manière ou d’une autre à
l’expérience”. Je veux bien, évidemment, mais moi ce que j'ai vu, c'est une spectatrice disparaître dans un tableau ; une femme qui s'évanouit dans le paysage ; mon expérience, c'est une disparition, c'est l'absence.
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